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Troisième dimanche du carême C
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7 mars 2010
Exode 3, 1-8a.10.13-15
Psaume 102
1Corinthiens 10, 1-6.10-12
Luc 13,1-9
Des Galiléens venus en pèlerins, dix-huit personnes qui vivaient à côté de la fontaine de Siloé à Jérusalem. Morts brutalement. Etaient-ils « plus » grands pécheurs que les autres ? Non. Jésus le dit et le répète. Cette représentation d’un Dieu qui punit l’homme coupable, d’un Dieu qui n’offre pas de pardon, on dirait bien qu’elle nous colle à la peau. Il y a des drames dans la vie et dans nos vies. Nos amis haïtiens, chiliens ou liégeois, qui ont survécus au malheur, le savent douloureusement aujourd’hui. Lorsque nous sommes confrontés cruellement à la mort, la seule leçon qu’elle nous apprend, c’est l’urgence d’aimer.
L’homme est appelé à aimer, à porter des fruits d’amour. Le Dieu révélé à Moïse au buisson ardent, est un Dieu qui lui demande de s’engager pour libérer ses frères, car il ne supporte plus l’oppression qu’ils subissent. Un Dieu qui, en suscitant en Moïse le désir et le courage d’entreprendre cette longue et difficile libération, se dévoile comme un Père bouleversé par la détresse de ses enfants.
Dieu se dit surtout en son Fils. Il nous veut comme un figuier qui porte de bons fruits pour que d’autres s’en nourrissent.
Le propriétaire dit au vigneron de couper ce figuier puisqu’au bout de trois ans il n’a donné aucun fruit. Dire qu’il va falloir couper le figuier, c’est indiquer sa stérilité: Dieu est la vie qui se donne ; la stérilité c’est le refus de transmettre la vie. Dieu est la vie qui se donne ; la mort c’est l’âpreté et la mesquinerie du cœur. Nommer cette stérilité est déjà un signe de miséricorde. Dieu espère en l’homme. Sinon, il ne dirait rien, il l’abandonnerait ou l’abattrait d’un coup de hache.
C’est une réaction humaine que nous vivons parfois à l’égard des autres : « il n’y a rien à tirer de lui », « laissons le tomber », « pas la peine de nous épuiser davantage avec lui ou elle ». On dit cela d’un collègue, d’un enfant, d’un conjoint, d’un frère ou d’une sœur dans la foi…
Le vigneron espère que son travail et ses soins permettront de changer la conduite du figuier et qu’il donne des fruits. C’est une bonne nouvelle pour le figuier : tout ne repose pas sur lui, le vigneron va prendre soin de lui. Jésus, dans le mystère de l’incarnation, nous montre l’amour qui sort du cœur de la Trinité pour rejoindre ’humanité qui s’enfonce dans la stérilité du cœur. Jésus est venu à la rencontre de l’homme au cœur endurci ; c’est ce qu’il a fait jusqu’au bout, lorsqu’il dit sur la croix : « Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Jésus est venu nous tendre la main de la part de Dieu. La saisir ou l’ignorer dépend de notre liberté.
Entrer dans cette manière d’aimer à la manière du Christ est d’une fécondité extraordinaire. C’est ce que nous sommes appelés à vivre pendant ce Carême : une conversion. Il faut du temps pour consentir à accueillir le vigneron dans nos vies. Saint Paul, dans la deuxième lecture, va jusqu’à dire : « Ils buvaient à un rocher qui les accompagnait, et ce rocher c’était déjà le Christ ». Ce rocher nous accompagne dans les joies et les malheurs de nos vies.
Au lieu de rester assoiffés dans le désert de nos malheurs, pestant contre Dieu ou nous apitoyant sur nous-mêmes, tournons-nous vers ce rocher-source qui nous accompagne disons lui avec le psaume de ce jour : « Bénis le Seigneur, ô mon âme, n'oublie aucun de ses bienfaits ! Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour. »
Quatrième dimanche de carême C
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Tel Père, tel Fils ! On ne peut pas en dire autant des deux fils de la parabole. Regardons-les : l'aîné entretient une relation totalement fausse, tant avec son père que son frère. Du père, il parle comme d'un patron : « Il y a tant d'années que je suis à ton service ! » Il est dans une relation de donnant-donnant. Vis à vis de son frère, il ne manifeste que jalousie et envie. Son frère est parti, il n'a pas réussi ? Eh bien, il n'est plus son frère. "Ton fils que voilà", dit-il à son père. Souvent, nous sommes comme cet aîné, introduisant une espèce de comptabilité dans notre relation à Dieu.
Quant au cadet, ce n'est pas mieux. D'abord, en réclamant sa part d'héritage du vivant même de son père, il agit comme si, pour lui, il était déjà mort. « Il tue le père », dirait les psychanalystes. Ne parlons pas de ses fredaines qui ne lui apportent que tristesse, désillusion et pauvreté. Regardons plutôt ses motivations quand il revient à la maison. A aucun moment il ne pense à son père ni à sa peine. Il ne cherche qu'à trouver à manger pour ne pas mourir de faim. Il n'y a pas de vrai repentir, à peine l'esquisse d'un geste... Comme le cadet, nous vivons des pans entier de notre vie en nous passant de Dieu.
Le Père de la parabole, lui, est le père par excellence. D'abord, parce qu'il respecte totalement la liberté de son fils : « Tu veux partir? Eh bien, tu le peux. » Il ne nous abandonne pourtant pas : il nous attend. Bien plus, il court après nous. Il faut se rappeler que, dans le monde biblique, jamais on ne voit un notable se mettre à courir. Il marche toujours posément, avec dignité. Le père de l'histoire, on le voit sortir au-devant de ses fils, on le voit même courir au-devant du prodigue. C'est un père qui ne refuse qu'une chose : que son fils ne soit plus son fils. Un père dont l'amour gratuit nous fait vivre ("Il était mort et il revit") ; un père dont l'amour est un don total ("Tout ce qui est à moi est à toi.")
Certes, nous pouvons nous reconnaître, tour à tour, dans l’un ou l’autre des deux fils. Mais tel n’est pas l’essentiel du message de la parabole. L'image de Dieu que Jésus nous y présente, il tient à la reproduire dans tous ses comportements de fils. Plus, il nous invite à l’imiter à notre tour. « Soyez les fils de votre Père, qui fait lever son soleil sur les méchants comme sur les bons... », et encore : « Soyez parfaits comme votre Père du ciel est parfait. »
Quelle est notre réaction devant les enfants, la femme, le mari, l'ami qui nous lâchent ? Devant l’ingratitude ou les calomnies qui nous atteignent le plus parce qu’elles proviennent de nos proches ? Colère? Vengeance ? On cherche les mots qui tuent. Ce peut être : « Oeil pour œil, dent pour dent », « Il est mort, elle est morte pour moi » .
Cinquième dimanche de carême C
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Que savons-nous de cette femme dont nous parle l’évangile ? Rien. Est-elle jeune, quel est son nom, son visage ? Rien. Tout ce que nous savons d'elle, c'est qu'elle a été surprise en flagrant délit d'adultère. Elle est le type même de la « femme-objet ». Objet de convoitise, puis objet de mépris, elle devient objet qui va servir à régler une méchante querelle entre pharisiens et Jésus. Elle est comme déjà morte. On ne lui parle pas : tout se passe par-dessus son dos.
Dépités du succès de Jésus, les pharisiens utilisent cette malheureuse pour le coincer. Ils la lui amènent et l'invitent à se prononcer sur son cas : « Dans la Loi, Moïse nous a commandé de lapider celles-là. Toi donc, que dis-tu ? »
Le piège est redoutable. Si Jésus s'associe à la condamnation prescrite par la Loi, il entre en rébellion contre le pouvoir romain qui s’est réservé la peine de mort. Et il contredit, du même coup, son enseignement subversif sur le Dieu de miséricorde. Mais s'il ne le fait pas, il s'oppose à Moïse, l'autorité suprême.
La réponse de Jésus se fait d'abord silence. Tant qu'accusations et malveillances tombent sur la femme, on le voit étrangement occupé à tracer des traits sur le sol. Baissé vers le terre, il évite les yeux injectés de sang de ces hommes surexcités S'il avait commencé par les fixer du regard, c'est leur propre provocation qu’ils auraient lus dans ses yeux, comme dans un miroir. L'affrontement deviendrait inévitable, la lapidation de leur victime et celle de Jésus le serait autant. Courbé sur le sable, il attend que se calme la meute. Il dédramatise la scène.
Lorsque enfin le tumulte s'apaise, il se redresse. Sa parole met alors devant leur responsabilité ces assassins en puissance, inconscients du crime qu'ils sont prêts à perpétrer : « La Loi prescrit de lapider ces femmes-là. Eh bien, que celui d'entre vous qui est sans péché jette la première pierre ».(8, 7) Puis il reprend ses vagues dessins dans la poussière. Plutôt que de lancer l'un après l'autre leur pierre, lentement, ils s'en vont, « à commencer par les plus âgés ».
Tous sont partis; tous, sauf la femme qui est toujours là. Et lui. «Ils ne restaient plus que deux, écrit superbement saint Augustin, la pécheresse et le sauveur, la malade et le médecin, la misère et la miséricorde » . La femme aurait pu s'enfuir, mais elle reste là. Très doucement, Jésus lui parle. Et sa question est teintée d'humour : «Femme, où sont-ils? Personne ne t'a condamnée ? » - «Pas un, Seigneur.» - Alors Jésus dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas…» (8, 10-11)
Si les hommes, au cœur dur, toujours sur le point d'entrer dans la spirale de la violence, ne t'ont pas condamnée, comment le cœur infiniment miséricordieux de Celui qui est sans péché pourrait-il t'accuser ?
«Va, désormais ne pèche plus ». C’est un mot de résurrection. « Voici que je fais un monde nouveau », disait Isaïe. Et saint Paul : « Oubliant ce qui est en arrière, tendu vers l’avenir, je cours vers le but ».
Dans un livre récent, Didier Decoin imagine ainsi la réaction de la femme : « Elle était rudement bien trouvée, son histoire de la première pierre. Leur tête aux autres, quand ils ont filé en rasant les murs ! Il les a bien eus, pense-t-elle, si je savais seulement qui il est, il m'aurait pour toujours... » (in "Jésus, le Dieu qui riait" Stock 1999)
