Homélies

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3e dimanche de l'Avent B

17 décembre 2017

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La tapisserie de la liturgie de ce dimanche est parcourue par un fin fil d’or : celui de la joie. Un fil ténu, mais qui apporte un discret éclat la nuit de notre vie. La joie n’est pas  le bien-être du consommateur. Elle ne se rencontre pas dans les pays parvenus à un haut niveau de vie et parmi les populations aisées. Ce serait souvent même le contraire : des pauvres rayonnent de joie alors que beaucoup d'autres, richement comblés, ne la trouvent pas.

Qu’est-elle donc ?
Laissons Isaïe, Jean-Baptiste, Paul et la Vierge Marie nous l’apprendre.

La joie véritable vient de la rencontre de l’Autre, des autres. Elle naît, nous dit Isaïe, lorsque cet Autre « m'a enveloppé du manteau de l'innocence, il m'a fait revêtir les vêtements du salut, comme un jeune époux se pare du diadème, comme une mariée met ses bijoux » (1ère lecture). Elle éclate en chant et en danse dans le Magnificat de Marie : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur. Il s'est penché sur son humble servante ! » Elle est le fruit de la rencontre de Dieu dans la prière, ajoute saint Paul : « Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c'est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus » (2e lecture). Jean-Baptiste, lui, est le prophète qui se tient en marge du système de consommation. Il puise sa joie ailleurs que dans ce qui nous complique souvent l'existence. Il se présente comme une simple voix qui crie dans le désert. Il n'attire pas à lui mais il désigne celui qui doit venir. Tout son désir se porte sur la venue de l'époux : « c'est ma joie, et j'en suis comblé » (Jean 3, 29).

Le secret de la joie est d’être avec Jésus et de préparer sa venue dans nos cœurs et dans celui des autres. La joie est la rencontre du Dieu vivant, dans la prière et dans la relation avec les autres. La joie c’est de dire que le Messie est déjà présent : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c'est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » Jean-Baptiste trouve sa joie non pas dans la possession de ce qu'il souhaitait, mais dans un désir toujours renouvelé des noces de Dieu avec les hommes. « Il est ravi de joie à la voix de l'époux. » (Jean 3, 29.)

Quel grandeur chez le Baptiste ! Il vivait sur les rives du Jourdain, au bord de la Terre promise, à l'entrée de la salle des noces. Il va jusqu'à renoncer à jouir de la présence du Christ. Il reste sur le seuil pour mieux nous indiquer le chemin du monde nouveau de la joie parfaite. Sa joie n'est pas celle d'une possession illusoire, mais ce qui surgit en nous lorsque nous tendons l'oreille de notre cœur à la voix du Christ.

Nous ne pourrons pas accueillir la joie de Noël sans passer par une certaine expérience de pauvreté et même de renoncement, à la suite de Jean-Baptiste. À Bethléem, Dieu arrive comme un pauvre et il nous faut un cœur d'enfant pour nous réjouir avec Marie, Joseph et les bergers.

Nous cherchions peut-être Dieu dans la santé, la réussite professionnelle, l’amitié ou le bonheur de vivre, et bien sûr, heureusement, Il est là ! Mais quand vient la maladie, l’échec familial, la pauvreté, il y est encore. Même au sein de l’épreuve, nous pouvons accueillir la joie parfaite et la paix.

Jésus, toujours présent, est la source de la seule joie que personne ne pourra nous ravir, celle du Magnificat des pauvres, celle de cet émouvant Jean Baptiste heureux ne n’être que le témoin de la lumière, l’ami de l’Epoux. Tel est le fil que je vous souhaite de voir traverser la trame de vos vies !

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4e dimanche de l'Avent B

24 décembre 2017

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Saint Luc nous a finement brossé un merveilleux tableau d'annonciation. Il nous dit, dans le prologue de son évangile, avoir pris de bonnes informations, peut-être dans la famille de Jésus, peut-être même auprès de Marie qu'il nous décrit à deux reprises « retenant tous ces événements dans son cœur » (2, 19.51). Le récit qu'il nous livre est tout entier composé à partir de réminiscences bibliques, comme la phrase sublime de l'annonciation à Sara et Abraham : «Y a-t-il rien de trop merveilleux pour le Seigneur ? » (Genèse 18, 14) ou le cri de joie d'Anne à la conception de Samuel : « Mon cœur exulte dans le Seigneur » (1 Samuel 2, 1). Comment l'évangéliste pouvait-il traduire en mots l'expérience unique de la Parole de Dieu faite chair et accueillie par Marie, sinon en puisant dans le vocabulaire et les images de l'Ancien Testament.

Saint Luc met en parallèle deux annonces de naissance : celle de Jean Baptiste à Jérusalem et celle de Jésus à Nazareth ; la première dans le Temple prestigieux, la deuxième dans une bourgade perdue ; l'une à un prêtre qui n'y croit pas, l'autre à une jeune fille qui ouvre tout son être à Dieu et à la vie…

La phrase que la jeune fille de Nazareth prononce est l'une des plus belles qu'un être humain puisse adresser à Dieu. Permettez-moi de faire ressortir un facile point de grammaire du texte grec de l'évangile pour saisir toute la profondeur de la réponse de la Vierge. Lorsque saint Matthieu nous rapporte la prière du Notre Père, il dit par exemple : « Que ton règne vienne ! » Il emploie un impératif qui exprime un désir bien défini.

Marie ici utilise le même verbe grec γινομαι mais à la forme optative, qui exprime un souhait beaucoup plus subtil. Pleine de gentillesse, elle invite le Seigneur, s'il le désire, à entrer au cœur de sa vie et à laisser naître en elle le mystère qu'il vient de lui proposer par son messager. Si tu le désires, alors, que ton projet prenne naissance en moi qu'il vive entièrement et qu'il habite au cœur de mon être.

Comme la petite esclave juive de la femme de Naaman, le général syrien qui dit simplement : « Ah! Si seulement mon maître s'adressait au prophète de Samarie! Il le délivrerait de sa lèpre… » (2 Rois 5, 3), Marie laisse avec simplicité passer par elle l'œuvre étonnante de Dieu. Il est difficile de trouver plus beau modèle de l'Avent. Car l'ange de Dieu est envoyé à chacun de nous pour être le messager de la naissance de Dieu en tout homme. « Dieu engendre à tout moment son Fils en toi », s'écrie le poète mystique allemand Angelus Silesius. Chacun est appelé à recevoir en soi le germe de la vie divine, à devenir l'auberge de Dieu, la maison où la Parole divine prend chair. Chacun peut être recouvert par la nuée de la Shekinah, de la Présence divine, dans le sanctuaire de son cœur.

Demandons à Marie de nous obtenir un peu de sa simplicité. Il suffit de dire vraiment « oui » pour que notre désert fleurisse et que notre stérilité devienne féconde.

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