Homélies

Bible ouverte

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29e dimanche A


22 octobre 2017

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Certains silences sont de vraies prises de parole qui rompent avec ce qui est convenu pour tous : quelle prise de parole que le silence de Jésus dessinant sur le sol face aux accusateurs de la femme adultère ! Quelle prise de parole que celle de Jésus refusant de parler en fonction de la question posée sur l'impôt à César ! Il valait mieux relancer la question, lui faire faire une pirouette, plutôt que de se laisser enfermer dans une réponse toute faite.

 « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». La réponse de Jésus est fascinante parce qu’elle reconnaît les deux réalités : César et Dieu. César fait toujours partie de l’ordre des choses. Dieu aussi. César représente la logique d’organisation d’une société. Il s’agit d’un pouvoir important et nécessaire. Nous savons que l’État a ses limites. Toute société est faite de rapports de force entre les groupes. Il y a donc toujours des gagnants et des perdants. Par exemple, pour en revenir à la question de la contribution financière de chacun, les impôts sont en général plus justes que les taxes, car les impôts sont progressifs et calculés par rapport aux revenus, alors que les taxes, qui sont les mêmes pour tous, frappent plus durement les moins nantis.

De nos jours, la question de l'impôt à César s'actualise aussi en termes de laïcité, de confession de foi possible au cœur d'une laïcité qui met en dialogue, sans reléguer dans leurs « sacristies », les différentes religions et philosophies apprenant à se respecter et à cohabiter en paix. Ainsi, les chrétiens ont à travailler pour que la société se construise sur l'amour tel qu'il leur a été révélé dans le Christ, mais sans prendre argument de la foi, de la religion, bref, d'une quelconque volonté de Dieu. Ils sont au service de Dieu en servant les autres, mais ils ne peuvent se servir de Dieu pour justifier et imposer leurs. Il y a toujours risque de confusion entre la souveraineté de Dieu et la souveraineté de l'Église. L'anticléricalisme est le fruit direct du cléricalisme.

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Il s’agit de rendre à Dieu ce qui est à Dieu, ici à l'église mais aussi hors de cette église. Rendez à César ce qui est à César, c'est-à-dire, rendez la monnaie de l’impôt à César parce que, sur cette pièce, il y a l’effigie de César. Cette monnaie est à lui, elle porte son signe. Et rendez à Dieu ce qui est à Dieu. Mais où trouve-t-on le signe de Dieu sur quelque chose ou sur quelqu’un ou sur un élément du monde ? Saint Augustin répond en disant : « Que réclame de toi César ? Son image. Que réclame de toi le Seigneur ? Son image. Mais l’image de César est sur une pièce de monnaie, l’image de Dieu est en toi ». Lorsque Jésus dit à ses disciples : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger…. Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25, 31-46), il révèle son signe par avance en s’identifiant au frère sans ressources, ce frère souffrant que nous rencontrons porte depuis ce jour là le signe de Jésus. Tout homme est une histoire sacrée et l’homme est à l’image de Dieu.

« Seigneur, fais de moi le meilleur citoyen possible,
Informé, participatif, critique,
Responsable dans ses devoirs,
Prêt à payer loyalement ses taxes et ses impôts,
Plus soucieux du bien commun que de l'avantage personnel.
Que ma recherche de toi ne soit jamais
Une fuite de mes responsabilités. Amen. »

(André Beauchamp, théologien canadien)

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30e dimanche A


29 octobre 2017

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Que va répondre Jésus à cette question : « Quel est le principal de voir ? Quel est le plus important de tous les comman-dements ? » Comme souvent, Jésus bouscule la réponse. Pour lui, il n'y a pas le grand commandement. Il va en citer deux et les souder ensemble : ici, 2=1 !

Avant d'écouter Jésus, prenons la peine de répondre personnellement à cette question : « quelle est ma priorité ? Quelle est ma première valeur ? » Et puis, demandons-nous ce que répondrait le citoyen moyen ? Il y a gros à parier que beaucoup répondrait du côté de la solidarité, de l'amour du prochain. Mais ce n'est pas toute la réponse de Jésus. Ecoutons-la intégralement.

Jésus n'a pas eu à réfléchir. Sa réponse a fusé de ce qu'il vit, à tout moment. Il est l'homme totalement et spontanément tour-né vers Dieu, décentré de soi-même et cen-tré sur un autre. Il est le Fils par excellence. « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé ». Oui, le premier, le grand amour de Jésus, c'est Dieu, son Père !

Une attitude d'amour envers Dieu n'est pas opposée à l'homme. L'amour de Dieu en-gage déjà tout notre être : « cœur, âme et esprit. » Jésus a vécu cet amour en remet-tant sa vie entre les mains de Dieu, jusqu'à la croix. Parce Dieu a un tel respect pour l'homme, qu'il s'est fait l'un de nous.

Car Dieu est Père de tous les hommes, sans distinction de race ou d'appartenance. Dans sa mort sur la croix, le Christ a embrassé toute l'humanité, et désormais tout homme, quel qu'il soit, est de la chair et du sang du Christ. Tout être humain est ainsi notre propre chair : « Si tu partages le pain que Dieu te donne avec celui qui est ta propre chair… »

Jésus, en sa personne, fait de ces deux lois un seul réalité inséparable. « Dans la me-sure où vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait. » (Matthieu 25, 45) « Si quelqu'un dit : "J'aime Dieu" et qu'il déteste son frère, c'est un menteur celui qui n'aime pas son frère, qu'il voit, ne saurait aimer le Dieu qu'il ne voit pas. » (1 Jean 4, 20). La pre-mière lecture nous rappelait : «Tu ne molesteras pas l'étranger ni ne l'opprimeras car vous-mêmes avez été étrangers dans le pays d'Egypte. Vous ne maltraiterez pas une veuve ni un orphelin. » (Exode 22, 20-21). Pécher contre le prochain, c'est pécher contre Dieu.

Jésus ainsi humanise l'amour de Dieu et divinise l'amour du prochain. Si pour nous, le sens de l'homme est plus accessible, insistons sur le sens de Dieu dans nos vies. Si, par contre, le sens de Dieu est plus spontané, alors, veillons à notre engage-ment au service des autres. Dieu et l'homme, pour Jésus, sont l'objet du même amour.

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