Homélies

Bible ouverte

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32e dimanche dans l'année B

11 novembre 2018

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Gardons-nous de ne voir dans l’anecdote que nous rapporte l’évangile d’aujourd’hui qu'une anodine leçon de morale. Il ne s’agit pas d’abord ici d’entendre quelque conseil de modestie ou de générosité. Il s’agit plutôt de se mettre en présence du Christ ressuscité.

L’apparence et la vérité

Il y a au moins deux sortes d’hommes : ceux qui font semblant et ceux qui sont vrais. On peut lire ce cette manière la deuxième lecture avec le Grand Prêtre qui fait mine d’offrir quelque chose, mais en fait offre un sang qui n’est pas le sien : « comme le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans le sanctuaire en offrant un sang qui n'était pas le sien » (Hébreux 9, 25). Ou ces gens riches qui donnent des sommes importantes et pour lesquels on faisait sonner les trompettes dans le Temple au temps de Jésus, mais qui, en réalité, n’ont fait que céder une très petite partie de leur superflu.

La veuve de l’évangile, elle, ne fait pas semblant : c’est sa vie qu’elle partage puisqu’elle donne, dans un geste d’une folle générosité, « tout ce qu'elle avait pour vivre. » Par là, elle est la figure même du Christ qui s’offre lui-même, « pour enlever les péchés de la multitude. » Sur la parole du prophète Elie, la veuve de Sarepta , dans la confiance, ose accomplir une démarche semblable. Ces textes ne sont pas des leçons de morale, mais bien des paraboles de Pâques. L’annonce du salut et de la vie par le don gratuit de soi.

Un don qui fait vivre

Le buisson ardent que Moïse voyait donnant de la lumière et de la chaleur sans se consumer (Exode 3, 3) en est une autre image. L’huile et la farine de la veuve de Sarepta se conservent, se sauvent (et sauvent) en se donnant : « la jarre de farine ne s'épuisa pas, et le vase d'huile ne se vida pas » (1 Rois 17, 16). L’amour, dont la quintessence est le don, se nourrit de se répandre, grandit en se communiquant. La veuve de l’évangile, qui a donné « tout ce qu’elle avait pour vivre », anticipe l’offrande de Jésus.

Le petit récit qui rapporte son geste est enchâssé dans un contexte qui ne parle que de Pâque, donc de résurrection. La résurrection du Christ est inséparable de sa passion. Elle en est la face lumineuse, car seul ce qui est donné est sauvé. Comme le grain pourri en terre porte déjà la moisson. Jésus n’avait pas d’autre moyen de sauver sa vie que de nous en faire gratuitement l’offrande. Aussi, les veuves données en exemple aujourd’hui, font-elles preuve de la plus grande sagesse. Une sagesse paradoxale qui annonce la folie d’amour du Christ…

Avec Jésus, devenir vrai

Jésus, assis dans la salle des troncs du Temple de Jérusalem, voit le fond des cœurs et discerne ce qu’il y a derrière les attitudes et les comportements. Il fait tomber les masques. Il sépare en nous le vrai et le faux. Pas pour nous juger, mais pour nous faire grandir. Pour nous faire vivre sous le regard de Dieu et non celui des hommes. Il nous demande de nous abandonner dans la confiance et la gratuité. « Tant qu’on a pas tout donné, on n’a rien donné », disait-on dans ma jeunesse…

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33e dimanche dans l'année B

18 novembre 2018

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La Bible, nous parle du futur de notre humanité, et même de la fin du cosmos. On trouve ces prédictions dans des textes assez particuliers, au style étrange, qu'on appelle les apocalypses. Ces textes ont été écrits à une époque bien particulière, à partir du 2e siècle avant Jésus, dans des périodes particulièrement troublées de l'histoire d'Israël, où se succédaient conflits sanglants, persécutions et malheurs de toutes sortes. Le mot apocalypse signifie « lever le voile », révéler. L'auteur se situe à la fin du temps et dévoile le sens du présent de son époque, qui est aussi notre présent. Les évangiles eux-mêmes mettent dans la bouche de Jésus des prophéties « apocalyptiques » concernant la fin des temps. A nous de les entendre avec intelligence et d'y lire à la fois notre présent et notre futur, tant collectif qu’individuel.

Que nous disent donc ces textes ? Il y aura une fin du monde. Brutale ou progressive, on ne sait pas. Ce qu'on sait, c'est qu'il y a une fin, et qu'il y aura un bilan. Une fin, au double sens du terme : non seulement quelque chose qui se termine, mais quelque chose qui a un sens, un but, une finalité. L'histoire n'est pas une succession indéfinie d'actes et d'événements qui ne conduiraient nulle part. Tout cela marche vers quelque chose : un objectif, un but. Les destins individuels et le destin collectif de l'humanité s'acheminent vers un « nouveau », imprévisible et impossible à dater. N'allez pas croire certaines sectes qui vous disent que la fin du monde est pour telle date. « Nul ne sait ni le jour ni l'heure, pas même le Fils », nous dit Jésus.

Alors, terreur, ou joie ? Il y a un peu des deux.

Si on regarde ce qui se passe : pollution galopante, guerres fratricides, génocides, conflits plus ou moins sanglants, mais qui, toujours, tuent des hommes par milliers ; si on envisage les simples querelles pour un bout de terrain ou des puits de pétrole ou des mines de colpan, si on énumère le nombre de trahisons, et les gaz à effet de serre, la masse des pauvres écrasés par la guerre économique, il n'y a pas de quoi pavoiser. Le clair regard de Dieu nous fera comprendre nos puérilités (« C'est lui qui a commencé...Faut bien vivre...Ne te laisse pas faire... ») et nos médiocre alibis. Devant la cruauté, l'injustice, l'agression, le péché du monde, comment l'univers, créé par l'Amour, peut-il tenir debout ? « Comment la création entière ne se révolte-t-elle pas contre les insensés ? » se demandait déjà le pape Léon le Grand au 5e siècle… L'Evangile de ce jour décrit la victoire du néant. Le péché est une puissance dé-créatrice.

Mais l'Ecriture n'en reste pas là. Elle n'admet pas la victoire du mal. Ce serait la défaite de Dieu et la défaite de l'homme. On n'en reste donc pas au scénario-catastrophe. « En même temps viendra le salut de ton peuple », dit le prophète Daniel. Les crises sont aussi l’enfantement douloureux d'une humanité nouvelle, d'un monde nouveau. Le jugement dont parlent nos textes porte en même temps un autre nom : le Salut. La « colère de Dieu » s'exercera, certes, mais pas contre l'homme. Elle s'exercera contre nos idoles : l’appât du gain, la volonté de puissance...

Pour nous, ne restera que la tendresse. Le jour du « jugement » sera le jour de notre libération définitive. La fin de l'humanité n'est pas une disparition, mais un achèvement. Il ne s'agit pas d'une extinction, mais d'une transfiguration.

Si la première partie de ce récit évangélique parle de la chute des potentats, de la fin d'un monde d'oppression, la deuxième partie, toute remplie de la fraîcheur de la vie nouvelle, décrit le monde nouveau - celui qu'il a commencé et nous a donné la responsabilité d'achever ici-bas - sous la figure toute délicate d'un figuier dont les branches, au printemps, deviennent tendres et dont les feuilles commencent à sortir. « Redressez-vous, levez la tête, votre délivrance approche. »

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