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Cinquième dimanche dans l'année C
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7 février 2010
Isaïe 6, 1-2a.3-8)
Psaume 137
1 Corinthiens 15, 1-11
Luc 5, 1-11
Nous voilà arrivé dans la deuxième partie du credo. C’est la plus développée, celle qui est au centre même du christianisme.
Jésus Christ.
Nous sommes habitués à ces deux mots associés que nous entendons depuis l’enfance. C’est déjà une formidable profession de foi. Dire Jésus Massiah en hébreu Jésus Christos en grec, c’est dire que Jésus, un charpentier de Nazareth, est celui qui a été parfumé par l’huile qui consacrait jadis les rois et les prophètes, pour être le libérateur. Cet homme né d’une femme juive, nous croyons qu’il assouvit la soif de bonheur sans limite non seulement de son peuple, mais de tout homme et de toute femme.
Et tout cela naît paradoxalement d’une mort effrayante sur une croix après une souffrance et un total sentiment d’abandon. Mais l’incroyable s’est produit, dont les saintes femmes puis les apôtres sont témoins et dont la « rumeur » est arrivée jusqu’à nous : le crucifié est ressuscité. Je me rappelle un de mes filleuls enfant (3-4 ans) dans le jardin où il cherchait des œufs un dimanche de Pâques. Il se précipite vers moi en criant : « Tu sais quoi, parrain ! Jésus est ressuscité ! » Le tout premier credo de l’histoire chrétienne nous l’avons entendu dans la deuxième lecture : « Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j'ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il a été mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, et il est apparu à Pierre, puis aux Douze… » La résurrection de Jésus n’est pas un rêve, un symbole, une idée : c’est l’expérience la plus bouleversante de l’histoire, dont il reste en creux une trace matérielle : le tombeau vide.
Seigneur.
A partir de cette expérience inattendue, les premiers témoins ont relu les souvenirs de leur vie commune avec celui qu’ils appellent Christ. « Maître », dit d’abord Pierre, Puis, après la prise d’une grande quantité de poissons, il l’appelle avec l’effroi devant le sacré comme celui qu’éprouvait Isaïe dans la première lecture : « Seigneur ». C’est un saut qualitatif important, car Kurios, Seigneur en grec, est la traduction du mot hébreu par lequel les Juifs désignent le nom de Dieu, JHWH, car par respect pour Dieu, nos frères juifs ne veulent pas prononcer son nom. Déjà, en filigrane, cette appellation annonce ce qu’on affirmera plus tard avec force : cet homme est Fils de Dieu.
Fils Unique.
Le Fils unique s’est fait homme en Jésus. « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jean 1). Dieu se fait homme, parce que Dieu est Amour et se veut solidaire des hommes jusque dans leurs situations les plus tragiques. C’est le sens de l’image de la descente aux enfers, que traduit l’icône orientale montrant le Christ foudre arrachant Adam et Eve des profondeurs de la souffrance, du mal et de la mort.
« Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » écrivait saint Athanase (IVe s.), reprit en chœur par toute la tradition spirituelle de l’Eglise d’Orient. Dieu se fait homme en Jésus Christ pour que l’homme soit heureux d’un bonheur absolu en devenant son fils par adoption, c’est-à-dire en héritant, dans le Fils Unique, par pur don et par pure générosité, de toute la profondeur de communion filiale et aimante avec le Père.
Sixième dimanche dans l'année C
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14 février 2010
Jérémie 17, 5-8
Psaume 1
1 Corinthiens 15, 12.16-20
Luc 6, 17.20-26
C'est en pensant à cette page d'évangile que Karl Marx a pu dire que "la religion est l'opium du peuple." Jésus, dans la version des Béatitudes selon Luc, s'adresse à tous les pauvres de la terre, à tous les malheureux, pour leur dire, en somme : vous êtes malheureux maintenant, mais ça ne durera pas ; vous aurez votre récompense dans le ciel. Et c'est vrai que cette parole, comprise ainsi, est un opium. D'abord si on s'en sert pour encourager les malheureux à se résigner et à ne rien faire pour s'en sortir ; ensuite si les riches en profitent pour justifier les inégalités et les sociétés « à double vitesse. »
Il faudrait donc avoir un fameux culot pour dire de telles paroles à un demandeur d'emploi ou à un grand malade. Seul, Jésus a le droit de s'adresser aux malheureux parce qu'il est l'un d'eux, parce qu'il en est le frère. Pourquoi ? Parce qu'il est lui-même LE pauvre par excellence. Né dans une étable, mort sur une croix, « le Fils de l'homme n'a pas une pierre où reposer sa tête. » Plus que solidaire : Dieu, en la personne de Jésus, s'identifie au pauvre et au malheureux. Parole essentielle, qui résume tout l'évangile et qui s'adresse à tout homme, quelle que soit sa religion : « J'ai eu faim, vous m'avez donné à manger ; j'étais nu et vous m'avez habillé...chaque fois que vous avez fait cela à un petit, c'est à moi que vous l'avez fait. »
Oui, mais...! Il reste que la promesse de bonheur semble à première vue reportée à un futur qui peut nous paraître assez hypothétique. Cependant, rappelons-nous d'abord que l'expression sémitique "dans les cieux" est une manière de dire "en Dieu". Il ne s'agit donc pas du futur, mais d'un présent. Jésus ne dit pas : " Vous serez heureux plus tard ", mais " vous êtes heureux. " Il ne dit pas " votre récompense sera grande ", mais " votre récompense est grande ", au présent. Pour Luc, le seul fait d'être pauvre entraîne un bonheur ignoré. C'est comme si je disais : "Même dans la pauvreté, un homme peut être heureux en Dieu." Il s'agit de changer d'optique. C'est-à-dire ne pas tout baser sur l'avoir ; ne pas envisager la vie seulement dans la courte durée d'une existence terrestre. "Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes," écrit saint Paul. Ma foi consiste essentiellement à déplacer les valeurs : dans une société centrée sur l'avoir, le pouvoir, et la violence qu'ils engendrent, apprendre à vivre la fraternité, le respect de l'autre, la qualité des relations. Car nous ne sommes pas jugés sur ce que nous possédons, ni sur nos capacités, ni sur nos productions, mais uniquement sur l'amour.
Le fond du problème se trouve dans la première lecture de ce dimanche. Jérémie oppose ceux qui mettent leur confiance en ce qui est mortel et ceux qui mettent leur confiance en Dieu. Les premiers sont comme une terre desséchée, ils sont malheureux ; les seconds sont comme une terre bien irriguée qui est heureuse de porter du fruit. Tout se joue donc sur la confiance et la défiance. Mettre sa confiance en autre chose que Dieu, c'est se fabriquer des idoles. Trouver son bonheur dans sa richesse, c'est bâtir sa vie sur du vent. C'est être à côté de la vie. C'est passer à côté du bonheur. Que cherchons-nous dans la vie ? Richesse ? Confort ? Alors, inutile de faire confiance en Dieu. Au contraire, chercher Dieu, c'est mettre avant tout la communication. La communion avec les autres, leur service. C'est vouloir les faire exister.
Croire en la vie éternelle, ce n'est pas être démobilisés ; c'est vivre dès aujourd'hui les valeurs sur lesquelles est basée cette vie en Dieu. « Ta récompense est grande dans le ciel. » Le ciel est déjà là, même s'il ne nous est pas totalement révélé. La vie ressuscitée, c'est la vie que nous menons maintenant. La qualité de notre résurrection n'est autre que la qualité de notre vie. Travail, amour, à quoi bon, sans l'espérance de la résurrection ? Avec la résurrection au contraire, tout compte, et d'abord le combat pour la justice, le respect des petits et la fraternité. L'injustice, c'est le contraire de Dieu. Je vous souhaite d'être des justes. Je vous souhaite d'être heureux.
