Homélies

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Troisième dimanche de Pâques A


30 avril 2017

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Trois choses importent pour reconnaître le Ressuscité : il faut d'abord confronter notre existence avec ce que nous dit l'Écriture ; ensuite, il faut le partage du pain (l'Eucharistie) ; enfin il faut une communauté fraternelle rassemblée.

Vous êtes venus dans cette église avec vos petits - et vos grands - soucis, peut-être de grosses peines ; peut-être de grandes souffrances. Et peut-être, pour beaucoup, l'avenir apparaît comme fermé, comme il l'était pour les deux disciples. Et vous ne voyez pas trop quel sens a votre existence. Beaucoup de nos contemporains sont ainsi. Prenons donc le récit de Luc pour ce que l'évangéliste a vraiment désiré faire : non pas tant prouver la résurrection du Christ, que davantage encore démontrer comment chacun de nous peut faire l'expérience de cette résurrection dans sa vie personnelle.

Un étranger se joint aux disciples sur le chemin du retour à la maison. Tout espoir est anéanti, et la vie, momentanément transfigurée puis défigurée, doit reprendre son cours normal. Loin d'abonder dans leur déception, ou de tenter quelque consolation, l'Inconnu va reprendre les Écritures et leur en expliquer le sens. Après quoi, il prolongera son séjour pour refaire le geste de l'eucharistie.

Mais c'est la réflexion des disciples qui doit avant tout nous retenir : « Ne sentions-nous pas nos cœurs brûler alors qu'il nous parlait ? » Le mot de Pierre nous revient ici : « Nous tenons plus ferme la parole prophétique : vous faites bien de la regarder comme une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour commence à poindre et que l'astre du matin se lève dans vos cœurs. » Et il ajoute : « Sachez-le : aucune parole d'Écriture n'est objet d'explication personnelle. Ce n'est pas d'une volonté humaine qu'est jamais venue une prophétie, c'est poussés par l'Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu. » (2 Pi. 1, 19-21) Cette partie du récit de Luc nous projette en pleine célébration liturgique des débuts de l'Église : « Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. » (Ac. 2 :42)

Par la suite, l'invitation des deux disciples sur la route d'Emmaüs est pleine de délicatesse :  « Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme. » (Lc. 24 : 29) Lequel d'entre nous pourrait demeurer indifférent à pareille invitation et ne pas la faire sienne? « Le soir tombe, le jour déjà touche à son terme. » Serait-il un tant soit peu superflu de ne point profiter de la fin du jour pour éclairer ces longues heures de travail, d'inquiétudes, de problèmes insolubles ou d'un affreux vide pour ne pas prendre un moment pour ouvrir le Livre,  cette « lampe qui brille dans un lieu obscur jusqu'à ce que le jour commence à poindre et que l'astre du matin se lève dans nos cœurs. »

« Une fois à table avec eux, Jésus prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. » Luc a certes rappelé intentionnellement tant le souvenir de la multiplication des pains que de la Dernière Cène. Si l'assemblée liturgique peut être et doit demeurer le lieu par excellence de la compréhension des Écritures, l'Eucharistie en constitue le sceau, l'authentification. « Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent. »

Et immédiatement, ne pouvant supporter de rester seuls, ils courent dans la nuit retrouver la communauté des frères, l'Église, image d'un monde fraternellement réconcilié.

Il n'y a pas trente-six moyens de trouver un sens à votre vie et à l'aventure de l'humanité. Il y a, tout ensemble et la Bible et l'Eucharistie et la communauté fraternelle.

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Quatrième dimanche de Pâques A


7 mai 2017

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Mais qui est cet homme, Jésus ? Depuis le premier jour, tous ont cherché à donner une réponse à cette question. Et les réponses les plus diverses ont été données. Certaines très favorables, d'autres, au contraire déformantes ou haineuses, selon l'idéologie de celui qui les donne. Chaque année encore, des centaines de livres paraissent, concernant Jésus. Certains de ces livres ont une vocation scientifique et font une étude critique, et c'est normal. D'autres au contraire, reflètent la personnalité de ceux qui les écrivent, et chaque fois il y a quelque chose de partiel, et même de partial. On a dit aussi Jésus homosexuel ou marié à Marie-Madeleine, ou réincarné. Bref, un tas de choses plus ou moins farfelues.

Mais, est-ce qu'on peut le connaître vraiment ? Jésus nous dit aujourd'hui : « Mes brebis me connaissent, comme moi je les connais, personnellement. » Et il se met en opposition avec ceux qu'il appelle des voleurs et des égorgeurs. Ceux qui prétendent diriger les hommes et leur conscience. Et lui, il dit : Mais moi, vous me connaissez. Il n'est pas un étranger qui s'introduit par ruse. Que veut-il dire ?

Notre époque a connu des faux-bergers, de ceux dont le Christ dit qu'ils sont voleurs, rapaces, meurtriers. Des hommes politiques. Le XXe siècle aura connu un führer, un duce, un caudillo, un « petit père des peuples », un « conducator », in « lider maximo de la revolucion », pour n'en citer que quelques-uns, qui, au nom de leur idéologie, ont voulu mener des foules, des nations, des races, des classes sociales. Ils les ont toujours conduit à la mort, à des exterminations.

Mais il y a aussi tous ces hommes qui, au nom de leur idéologie religieuse, veulent séduire les foules. Dieu sait si, aujourd'hui, les sectes prolifèrent dans toutes les religions. Beaucoup d'hommes ont besoin de se sécuriser, de trouver une sécurité, même dans des affirmations simplistes, sans esprit critique. L'essentiel, c'est qu'on suive, qu'on marche aveuglément. Jésus dit : « Faites attention. Ayez suffisamment d'esprit critique pour ne pas suivre n'importe qui. »

Et il donne les critères du bon berger qu'il est C'est un chemin de liberté qu'il nous ouvre. Toutes les images qu'il emploie sont des images de liberté : la porte qui s'ouvre pour aller et venir, entrer et sortir. Jamais enfermés. La route, sur laquelle il nous guide. La grande image, c'est sans cesse le retour à l'histoire de la Libération d'Egypte. Dieu va intervenir pour ouvrir la porte de la maison d'esclavage, pour faire passer la mer, et ensuite, conduire les Hébreux, avec toutes les possibilités qu'a chaque membre de ce peuple de garder sa liberté, au point de rejeter Dieu pour une idole (le veau d'or).

Mais, me direz-vous, comment Jésus Christ, s'il veut être notre guide, ne va-t-il pas un peu opprimer nos consciences humaines ? Je crois que c'est une histoire d'amour. La connaissance d'une personne, vous le savez, est totalement différente de la connaissance scientifique, qui exige des preuves. On est attiré par quelqu'un et, pour reprendre un mot de Saint-Exupéry : « Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction. » Eh bien, c'est cela, l'amour de Jésus et des brebis. Jésus nous invite à regarder dans la même direction que lui. Et c'est ainsi que nous serons libres. C'est à nous, une fois que le sens nous est donné, d'inventer notre démarche. Chacun de nous, sans directives. Il nous dit simplement de regarder tous les hommes comme nos frères. Il nous dit de regarder Dieu comme notre Père. Là, nous sommes sûrs d'être sur un chemin de liberté. Il ne violera jamais notre conscience.

Voulez-vous, frères, que nous nous demandions sincèrement comment nous pourrons être témoins du Christ par notre liberté de pensée et par notre manière de vivre la fraternité. Il est venu « pour que nous ayons la vie, et la vie en abondance ».

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