Solennité de l'Ascension

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Luc ouvre les Actes des Apôtres et clôture son Evangile par un double récit de l’Ascension du Seigneur. En insistant ainsi sur la dernière apparition et le départ de Jésus, il veut marquer à la fois la rupture et la continuité entre le temps de Jésus qui s’achève et le temps de l’Eglise qui commence. C’est le même Esprit qui reposait sur Jésus et qui, désormais, sera l’âme de l’Eglise.

Dans son évangile, saint Luc avait montré le lente montée de Jésus à Jérusalem avec un double sommet : celui de la croix, au Golgotha, et celui de la gloire, au mont des oliviers. Maintenant, il condense en une très longue journée les événements. Ressuscité à l’aube, Jésus chemine sur la route d’Emmaüs avec deux disciples, apparaît en début de soirée à la communauté, puis conduit les siens sur le sommet des oliviers pour qu’ils assistent à son départ. Le jour de Pâques fut le jour le plus long de la vie du Christ. Il dure encore. Tandis qu’approche l’heure de son grand départ, Jésus dirige nos regards sur les Apôtres. Il en fait les dépositaires de ses derniers enseignements.  « Il leur ouvre l’intelligence pour comprendre les Ecritures. » Il les établit continuateurs de sa mission. Ils auront à annoncer en son nom la conversion et le pardon des péchés « à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. » Et surtout, voici la grande promesse qui donnera toute sa force et son efficacité à leur témoignage : « Je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. » C’est l’annonce de la Pentecôte. Le sens de l’Ecriture et la puissance de l’Esprit feront des Apôtres les témoins audacieux et irrécusables du Ressuscité.

Admirons maintenant la sobriété de ce récit de l’Ascension. Sur le sommet du mont des oliviers, face à l’esplanade du Temple, Luc nous montre le Christ, tel le grand prêtre qui, la liturgie terminée, se dresse pour bénir solennellement l’assemblée et disparaît dans le saint des saints qu’enveloppe la nuée. Son évangile s’achève comme il avait commencé : dans le Temple. Passé le premier moment de tristesse, voici que ces hommes s’en reviennent à Jérusalem  « remplis de joie ». Comme jadis les bergers après la découverte du Sauveur « couché dans une mangeoire » (Luc 2, 20).

La note spéciale de l’Ascension est la joie de l’espérance. Le corps charnel de Jésus le limitait à un lieu et à un temps. L’Ascension ouvre le temps de sa présence universelle à tous les hommes de tous les siècles et contrées. Cet arrachement est nécessaire pour que le Seigneur vienne à ses amis d’une façon plus intime par son Esprit. Loin de disparaître, Jésus est rentré dans leurs yeux, dans leurs mains, dans leurs bouches. Ce sont eux, - l’Eglise -, qui seront désormais les yeux de Jésus, les mains de Jésus, la parole des Jésus : « Qui vous écoute, m’écoute » (Luc 10, 16). Enfin ce départ n’est pas sans retour. Le Seigneur reviendra. Ce n’est qu’un au revoir. Et c’est cette espérance joyeuse qui ensoleille le long temps parsemé d’épreuves, la longue attente de l’Eglise.

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