Septième dimanche dans l'année B

Dans l'univers biblique, la guérison n'est jamais envisagée comme un acte purement médical ; comme le pardon, elle dépend de Dieu. On pense, à tort ou à raison, que maladie et péché, guérison et pardon sont liés par celui qui accorde toute rémission , qui « pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie » (Psaume 103, 3). Pardonner et guérir, comme le fait Jésus, c'est donc se prendre pour Dieu : « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Qui peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? »

En réalité, Jésus se dit « Fils de l'homme » car il ne veut pas porter ombrage à la gloire de son Père. Mais les scribes ne voient pas en lui celui qui doit venir sur les nuées du ciel avec grande puissance (Marc 13, 26). Comment ce prêcheur peut-il être le Seigneur, dont l'apparition, quand tous les empires se seront effondrés, ouvrira le Règne de justice et de paix (Daniel 7) ? Comment pourraient-ils voir en celui qui descend très familièrement « à la maison » - probablement celle de Simon-Pierre (Marc 1, 29) - le Messie dont la venue est entourée d'un halo de mystère ? Comment pourraient-ils voir en ce paralysé que Jésus appelle « mon fils », autre chose qu'un pécheur promis, lui aussi, à la mort ? Jésus devine leur pensée : « Pourquoi tenir de tels raisonnements ? Qu'est-ce qui est le plus facile ? De dire : "Tes péchés sont pardonnés" ou bien de dire : "Lève-toi" ? » Mais ils sont aveugles et ne voient pas. Ils ne savent que répondre.

Jésus, lui, voit ce que les autres ne voient pas : il lit dans les pensées des hommes, il saisit « dans son esprit » le raisonnement des scribes, il connaît le cœur des pauvres. Il voit d'abord la foi de ces hommes qui vont jusqu'à découvrir le toit pour amener le paralysé jusqu'à lui. Et puis, ce qu'il voit ce n'est pas d'abord un paralysé, un handicapé, c'est d'abord une personne qui a besoin, comme tout le monde, que ses péchés lui soient remis. Car c'est pour cela qu'il est venu, pour le pardon des péchés. Et c'est parce qu'on doute de son pouvoir de remettre les péchés qu'il accomplit la guérison.

D'ailleurs, dans l'Évangile, Jésus ne se précipite jamais pour guérir. Il sait que le paralysé attend autre chose que le pardon. Mais il tient à dissocier guérison et pardon dont le lien, à ses yeux, ne va pas de soi. Si tel était le cas, en effet, la maladie serait liée au péché et la santé à la grâce. L'expérience montre, au contraire, qu'on peut vivre fort longtemps et fort bien avec ses vices et qu'on peut mourir de maladie en pleine santé spirituelle. Pour Jésus, la maladie n'a donc pas d'autre cause qu'elle-même, même si elle sert la gloire de Dieu. Comme il le dit au sujet de l'aveugle-né : « Ni lui ni ses parents n'ont péché pour qu'il soit né aveugle mais c'est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu. » (Jean 9, 3.) Lazare est tombé malade non pour mourir mais «  pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié » en le ressuscitant des morts (Jean 11, 4). La guérison est ce signe, le signe du pouvoir qu'a Jésus de pardonner « afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre ».

La guérison sert à montrer l'efficacité du pardon. Pardonner, c'est guérir l'homme à une profondeur inouïe ; c'est lui donner de se lever, c'est lui rendre la dignité qu'il n'avait plus : « L'homme se leva, prit aussitôt son brancard, et sortit devant tout le monde. »

Ainsi, «  tous étaient stupéfaits et rendaient gloire à Dieu en disant : nous n'avons jamais rien vu de pareil ». Qui, dans la maison de Pierre à Capharnaüm, s'est souvenu ce jour-là de la prophétie d'Isaïe : « Voici que je fais un monde nouveau […]. Je pardonne et je ne veux plus me souvenir de tes péchés. » Pas les scribes, trop occupés à raisonner en eux-mêmes… Elle s'accomplissait pourtant devant eux et elle s'accomplit toujours pour ceux qui laissent Jésus exercer sur leur vie le pouvoir qui lui a été donné dans les cieux.

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